lundi 6 avril 2015

A Garissa, la sidération après le massacre des étudiants

Un soldat kényan positionné devant un temple protestant, dimanche 5 avril, à Garissa.

Ce jour de fête pour les chrétiens du monde entier avait, à Garissa, le goût amer de la mort. Il fallait avoir la foi aussi solidement chevillée au corps que Monseigneur Joseph Alessandro, évêque de cette ville du nord-est du Kenya, pour distinguer, en ce dimanche de Pâques, un moment de « renaissance pour le pays », trois jours après le terrible, l’indicible massacre de près de 150 étudiants, pris dans leur sommeil et froidement exécutés sur le campus de l’université de Garissa par un commando de djihadistes, jeudi 2 avril. L’attentat le plus sanglant du pays depuis l’attaque de l’ambassade américaine par Al-Qaida en 1998.
Ce petit homme au regard franc et lumineux ne pèche pas par une naïveté noyée dans les bons sentiments minorant le drame. Le Kenya et ses violences, ce Maltais d’origine les connaît depuis 1989. Trois ans plus tard, il était grièvement blessé par des bandits non loin de Garissa, quelque part dans cette savane subdésertique écrasée de chaleur qui rappelle davantage la Somalie voisine que les images des dépliants touristiques pour les safaris.
Et puis, l’évêque de Garissa a aussi connu ce 1er juillet 2012, qui résonne aujourd’hui comme annonciateur de la tuerie de l’université. Ce jour-là, deux églises de la ville furent la cible de deux commandos qui tuèrent seize fidèles. L’attaque fut revendiquée, déjà, par les chabab venus de Somalie où, l’année précédente, l’armée kényane s’était jointe à celles d’autres pays de la région pour éviter que le pays tombe définitivement aux mains de ces milices islamistes ralliées à Al-Qaida.
Mais Mgr Alessandro croit en l’homme, au paradis pour les victimes et au pardon. Il salue « le courage de ses fidèles venus à pied », ces quelque deux cents personnes qui, dimanche 5 avril, remplissaient sa cathédrale pour faire baptiser leurs enfants. Certes, le périmètre avait été sécurisé par l’armée. Mais elle ne contrôlait que les carrefours adjacents à ce bloc de béton ajouré surmonté de deux clochers. Le reste de la ville ne présentait aucune mesure de sécurité particulière : ni barrage ni omniprésence d’hommes en uniforme. Les marchés grouillaient de femmes plus ou moins enveloppées de voiles colorés.

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