L'affaire remonte à septembre 2014. Dans une interview au Journal du Dimanche, Nicolas Sarkozy, alors simple candidat à la présidence de l'UMP, annonce qu'il veut "changer le nom du parti" s'il gagne la compétition interne. Alain Juppé a beau ironisé en proposant le "PMU", le principe est énoncé et même si de nombreux cadres s'y disent hostiles, Nicolas Sarkozy y est attaché. Impossible de vouloir tourner la page Bygmalion sans changer la marque. Un nouvel label qui pourrait être révélé, selon plusieurs médias, ce mercredi mais qui ne sera "institutionnalisé" que lors du Congrès fondateur du parti nouvelle version le 30 mai.En interne, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP, chacun y va de sa suggestion. L'ex-président interroge mais ne confie qu'à de très rares personnes l'état de sa réflexion. "Il n'en parlait jamais. Personne ne lui posait la question. La poser, c'était donner l'impression qu'on voulait savoir quelque chose de secret", confie un cadre du parti. Seule certitude: Nicolas Sarkozy ne veut plus entendre parler d'acronymes, jugés ringards. Et surtout pas de ceux qui permettent au FN de faire des jeux de mots sur l'"UMPS". Fin décembre, "le Rassemblement" fuite dans la presse. Mais ne convainc pas grand monde. Outre la trop proche proximité avec le Rassemblement Bleu Marine, "on ne se rassemble pas pour rien", explique un poids lourd du parti pour qui ce nom relève de la méthode mais ne dit rien du projet. "Le Rassemblement ne peut être qu'une posture ou un résultat", abonde un autre dirigeant. Et puis, en 1998, Philippe Séguin, alors président du RPR, avait déjà voulu faire le "Rassemblement". Pour incarner la "formation politique du XXIe siècle" que Nicolas Sarkozy prétend fonder, on repassera donc.
Faut-il intégrer le mot "France" ?
La question est directement posée aux militants dans un large questionnaire sur la rénovation du parti, envoyé début février. L'histoire gaulliste du parti laisse des traces nettes dans les retours, scrutés rue de Vaugirard. "Outre ceux qui, majoritairement, veulent garder "UMP" - un cas classique quand on propose de changer une marque - deux mots reviennent majoritairement dans les réponses: 'France' et 'République'", confie une source bien informée. Au sein de la direction du parti, plusieurs tendances se dégagent. Les uns, notamment Alain Juppé et François Fillon, veulent garder l'UMP. D'autres, notamment l'aile droite du parti, veulent que le mot "France" apparaisse. Le mouvement Sens Commun, issu de la mobilisation contre le mariage pour tous, pousse par exemple pour la "France libre". Le communiquant Pierre Giacometti et Nathalie Kosciusko-Morizet plaident, eux, en faveur des "Républicains". Un terme dont la paternité est attribuée par certains membres du bureau politique au publicitaire Jean-Michel Goudard (le "G" d'Euro RSCG). Nicolas Sarkozy se laisse convaincre par cette dernière option. "A quel moment précisément l'a-t-il adopté? Je ne sais pas", glisse à L'Express un témoin clé des discussions. L'appellation, ainsi que trois logos, ont en tous les cas été déposés à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) dès octobre, par l'agence de publicité Aubert Storch, précise mercredi Le Parisien.Reste que la référence républicaine est le nouveau leitmotiv de Nicolas Sarkozy. Dès le 7 novembre, au meeting de la porte de Versailles à Paris, il développe une longue vision de sa République, sous la plume d'Henri Guaino. Elle est pour lui "la grande question politique d'aujourd'hui" et il l'oppose à la simple démocratie. "La démocratie, c'est le multipartisme, les élections libres, la liberté d'expression, les droits de l'Homme. C'est fondamental mais la République, c'est autre chose. (...) La démocratie peut être compatible avec le communautarisme. La République non! La République ne reconnaît aucune communauté, ni aucune minorité parce que la République ne reconnaît que des citoyens égaux en droits et en devoirs. Dans la République, il n'y a qu'une seule communauté qui vaille, c'est la communauté nationale." Des propos qu'il reprendra en boucle lors de ses interventions médiatiques, comme sur TF1 le 17 mars ou dans le Journal du Dimanche le 12 avril.
L'effet Charlie Hebdo
Les "Républicains" ne présentent pas que des avantages, ont bien conscience les dirigeants du parti. Le nom fait écho à celui du parti conservateur américain. D'autant plus gênant que Nicolas Sarkozy a du mal à se départir de son image atlantiste voire néo-conservatrice. "Et puis, il y a d'autres références" qui pourraient être mal interprétées, glisse un haut dirigeant. Comme celle au Parti républicain de François Léotard, de sensibilité libérale, dont les dirigeants s'étaient fait remarquer en 1998 par leur soutien à des alliances au sein des exécutifs régionaux avec le FN.Mais le nom, qui aurait été testé par des "panels qualitatifs" de Pierre Giacometti, finit par s'imposer à Nicolas Sarkozy. C'est qu'entre temps les attentats contre Charlie Hebdo et l'HyperCasher sont passés par là. "En quelque sorte, ce sont les Français qui ont choisi le nouveau nom de l'UMP", glisse un haut dirigeant du parti. Si le 11 janvier a imposé sa sémantique républicaine, le FN y a aussi contribué. "Quand le sujet du Front est monté en février, il a fallu montrer qu'on était une alternative. Le Front national est certes légal mais pas républicain, indique un dirigeant". Le terme a donc une sorte de fonction "ni-ni". En se présentant comme les seuls républicains authentiques, l'UMP renvoie dos-à-dos le FN et le PS qui "a une vision très communautariste". Par différenciation, Nicolas Sarkozy accole systématiquement à sa République son nouveau cheval de bataille qu'est l'interdiction du voile à l'université. Avec ce nom, reconnaît ce même dirigeant UMP, "on comprend que l'identité sera au coeur du programme présidentiel".
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