
« Un passage à vide de ma vie. » C’est avec ces mots simples et pudiques que Clément Abaïfouta décrit son séjour en enfer. « Pendant mes quatre années de détention, je n’ai pas existé et, depuis ma sortie, je traîne avec moi une vie brisée », souffle le président de l’Association des victimes des crimes du régime d’Hissène Habré. Son histoire, il l’a déjà racontée des dizaines de fois. Celle d’un jeune homme, alors âgé de 23 ans, qui devait s’envoler pour l’Allemagne afin d’y poursuivre ses études. Sur une simple suspicion de connivence avec un groupe rebelle, il se retrouva, du 12 juillet 1985 au 7 mars 1989, embastillé, sans procès ni explication, par le régime paranoïaque du dictateur tchadien Hissène Habré.
Clément Abaïfouta a survécu aux centres de détention sordides de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, la police politique dévouée à la cause du président), où « l’être humain était chosifié, soumis aux bastonnades, aux tortures, aux corvées, à la dysenterie, à la faim et au mépris ». Lorsque la voiture s’engage sur la « plaine des morts », là où les victimes du régime étaient inhumées, il pointe un grand arbre sans feuilles : « C’est là que j’ai enterré mon premier cadavre. »Sur cette étendue sablonneuse, située à la sortie de N’Djamena, les bâtisses sans charme ont depuis poussé sur des charniers remplis de victimes de la répression.
Quatre ans durant, Clément Abaïfouta a fait partie d’une équipe de fossoyeurs, choisi pour cette sale besogne, croit-il, en raison de son « bon gabarit »....







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