vendredi 28 août 2015

En Autriche, « une terrible odeur de mort » autour du camion

La police scientifique enquêtait après la découverte de migrants morts dans un camion arrêté au bord d'une autoroute autrichienne, jeudi 27 août.



La police autrichienne avait annoncé qu’établir un bilan n’était pas aisé tant les corps sont difficiles à identifier. Vendredi 28 août, au lendemain de la macabre découverte, elle a annoncé que les cadavres de cinquante-neuf hommes, huit femmes et quatre enfants ont été retrouvés dans le camion découvert la veille garé au bord d’une autoroute en Autriche, près de la frontière avec la Hongrie. Le porte-parole de la police a précisé que des documents de voyage syriens avaient été retrouvés, et que le groupe était « probablement » constitué de réfugiés syriens.
La police autrichienne a également annoncé que trois suspects ont été arrêtés en Hongrie dans le cadre de l’enquête ouverte jeudi. L’une est un Bulgare d’origine libanaise, et serait le propriétaire du véhicule. Les deux autres – un Bulgare et un Hongrois – sont « presque certainement les chauffeurs » du camion, a précisé le porte-parole de la police. Les autorités autrichiennes ont également annoncé qu’un mandat d’arrêt européen avait été délivré à l’encontre de quatre personnes dans le cadre de cette affaire.

« Une terrible odeur de mort »

C’est un employé de la société d’entretien de l’autoroute qui a repéré le camion, dans la matinée de jeudi, car des liquides à l’odeur pestilentielle s’échappaient de la remorque. Des journalistes sur place ont évoqué jeudi « une terrible odeur de mort » aux alentours.
Une journaliste de la télévision autrichienne a constaté que tout un côté du véhicule avait été enfoncé de l’intérieur : il semble que les malheureux qui y étaient enfermés ont tenté en vain de s’échapper. Le camion portait encore le logo d’une entreprise de volailles de Slovaquie. Immatriculé en Hongrie, le véhicule aurait été abandonné mercredi en bordure d’autoroute au niveau de la ville de Parndorf, avec la porte arrière laissée ouverte. Le gouvernement hongrois a déclaré que les plaques d’immatriculation étaient enregistrées au nom d’un Roumain habitant la ville de Kecskemet. On ignore si cette personne fait partie des suspects arrêtés dans le cadre de l’enquête.

Angela Merkel : « Un avertissement »

La police scientifique enquêtait après la découverte de migrants morts dans un camion arrêté au bord d'une autoroute autrichienne, jeudi 27 août.
« Ce drame nous affecte tous », a réagi la ministre de l’intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, accusant « les trafiquants d’être humains, [qui] sont des criminels ». Cette découverte macabre survient alors que se tenait à Vienne, à quelques kilomètres de là, un sommet des dirigeants des pays des Balkans de l’Ouest, dont l’agenda était dominé par la question de la crise des migrants, à laquelle la réponse est jusqu’ici peu coordonnée en Europe.
De Vienne, la chancelière allemande, Angela Merkel, a dit que ce nouveau drame était « un avertissement pour que l’on se mette au travail, pour résoudre ce problème et faire preuve de solidarité ». Elle a reconnu que les pays des Balkans de l’Ouest faisaient face à « d’énormes défis » en accueillant des dizaines de milliers de migrants tentant de rejoindre les pays de l’Union européenne. « Il est de notre responsabilité d’aider ces pays », a-t-elle ajouté. « Il semble que les victimes étaient des migrants, dans une opération de trafic d’êtres humains », a déclaré pour sa part Janos Lazar, porte-parole du premier ministre hongrois, Viktor Orban.
Avant le sommet, le ministre des affaires étrangères autrichien, Sebastian Kurz, avait prévenu que son pays pourrait envisager de procéder à « des contrôles plus stricts à la frontière », si l’Union européenne échouait à trouver une réponse unitaire. Jeudi, il a estimé que la crise « nécessit [ait] désespérément une solution paneuropéenne ». La Serbie et la Macédoine, les deux pays qui sont parmi les plus importants points de passage de dizaines de milliers de migrants ont aussi appelé l’UE à agir pour régler la crise. « Nous faisons face à la plus grande crise de réfugiés depuis la seconde guerre mondiale », a déclaré le ministre des affaires étrangères serbe, Ivica Dacic, lors d’une conférence de presse.
La Hongrie a déjà renforcé sa frontière avec la Serbie et menace désormais de déployer l’armée. La Roumanie a annoncé qu’elle renforcerait « préventivement »la sécurité à ses frontières avec la Serbie, très touchée par l’afflux de migrants, tout en précisant qu’elle restait épargnée par la crise.

Naufrage au large de la Libye

Par ailleurs, une embarcation, qui transportait environ 300 migrants, a coulé jeudi après-midi au large de la Libye. Vendredi midi, le Croissant rouge a annoncé qu’au moins 76 cadavres ont été récupérés et 198 personnes sauvées. La veille,plusieurs dizaines de personnes mortes avaient été découvertes dans la cale d’un bateau au large de la Libye dans le cadre du sauvetage d’une dizaine d’embarcations en route pour l’Europe.
En mer Méditerranée, plus de 2 300 migrants ont perdu la vie depuis le début de l’année en tentant de joindre les rives européennes, selon un bilan à la mi-août de l’Organisation internationale pour les migrations. Sur les sept premiers mois de l’année 2015, le nombre de migrants aux frontières de l’Union européenne a atteint 340 000, contre 123 500 sur la même période de 2014, selon l’agence Frontex chargée des frontières extérieures de l’espace Schengen. En juillet, le nombre de migrants a triplé par rapport au mois précédent, atteignant le chiffre de 107 500, d’après Frontex.

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