dimanche 19 avril 2015

Les points-clés de l’intervention de François Hollande sur Canal+

François Hollande, le 19 avril sur Canal+.



Il souhaitait en faire un rendez-vous pour dresser le bilan de ses trois premières années de mandat. Mais, pour François Hollande, « Le Supplément » – l’émission dominicale de Canal+ –, a commencé par un triste constat sur les centaines de migrants qui ont fait naufrage au large de la Libye dans la nuit de samedi 18 à dimanche 19 avril. Le chef de l’Etat a qualifié de « terroristes » les trafiquants qui proposent de passer la Méditerranée, « parce qu’ils savent que les bateaux sont pourris ». Il a annoncé qu’il allait demander une réunion des ministres européens pour réfléchir à un renforcement de l’opération « Triton », qui s’occupe des patrouilles navales.
Au cours de l’émission, qui a duré près de deux heures, rythmées par des reportages sur l’armée, l’éducation ou encore le Front national, François Hollande a abordé à la fois les réformes sociales de son quinquennat et la politique étrangère. Il a réaffirmé que son mandat devrait être jugé sur sa capacité à lutter contre le chômage, et a distillé quelques annonces.
  • La prime d’activité étendue aux moins de 25 ans
Sur le volet social, le chef de l’Etat avait préparé deux annonces. Tout d’abord, il a confirmé que la prime d’activité, qui s’adresse aux personnes qui occupent des emplois peu rémunérés ou à temps partiel, serait étendue aux moins de 25 ans.« C’est une prime pour valoriser le travail et sortir beaucoup de nos compatriotes de la précarité », a expliqué M. Hollande. Ensuite, il a annoncé une mesure en faveur de l’apprentissage. Les entreprises qui embaucheront des apprentis mineurs ne paieront pas de charges.

Le chef de l’Etat a également fait le service après-vente du compte personnel de formation, déjà annoncé après les départementales. Il a estimé que ce serait « la grande réforme sociale » de son quinquennat, « le capital de ceux qui travaillent ».
Sur l’emploi, François Hollande a proposé que des dispositions de la loi Macron imposent aux conseils de prud’hommes un délai de « trois mois, six mois maximum » pour trancher les contentieux portant sur des licenciements, ainsi qu’un « barème » encadrant les indemnités versées. « Il faut faire en sorte que les CDD deviennent plus rapidement des CDI et que ceux-ci ne soient pas vus comme un risque, que le coût de la rupture soit connu », a-t-il expliqué.
  • Saisine du Conseil constitutionnel sur la loi sur le renseignement
François Hollande a annoncé qu’il saisirait lui-même le Conseil constitutionnel sur « le projet de loi renseignement », au terme du processus législatif, « pour vérifier que la loi est bien conforme ». Dans un long plaidoyer, parfois un peu brouillon, le chef de l’Etat a défendu les mesures contenues dans le texte et a affirmé que les libertés publiques ne seraient pas affectées. « Cette loi est faite pour nous protéger tous, et en même temps pour nous permettre d’être en liberté. »
Selon lui, les règles d’encadrement des écoutes étaient nécessaires : « Personne ne pourra écouter votre conversation sans demander une autorisation d’une commission (…). Personne ne vous écoutera, sauf s’il y a eu une certaine suspicion sur des activités terroristes. »
  • « Mme Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 »
François Hollande est revenu longuement sur la montée du Front national, qui a obtenu des scores inédits aux élections départementales, notamment dans le Nord - Pas-de-Calais - Picardie : « Quand Mme Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 – parce que c’est ça, en réalité –, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risque. Quand elle parle comme le Parti communiste, ça parle dans cette région-là parce que ça a été, encore aujourd’hui, une région influencée par le Parti communiste. »
Pour le chef de l’Etat, la lenteur du processus législatif est l’une des raisons de la progression de l’extrême droite. « On a un système parlementaire hérité du XIXe et du XXe siècle. On met six mois, un an. (…) Parce que quand on prend une décision et qu’elle met six mois, un an pour être votée, il y a des gens qui disent : Moi, je ne peux plus attendre, je ne peux pas attendre. » Voilà quelques mois que l’Elysée anticipe un problème de calendrier parlementaire d’ici à 2017 pour faire passer toutes ses réformes. Signe de cette inquiétude, François Hollande avait déjà, auparavant dans l’émission, estimé que le débat sur la loi Macron était « long, trop long ».
  • Un cours de laïcité
C’était la séquence la plus attendue de l’émission. François Hollande s’est retrouvé face à des jeunes de la banlieue parisienne dans un débat où il a surtout été question de laïcité. Auparavant, un reportage avait montré les interrogations de ces élèves sur les religions, la remise en question par certains de la version officielle des attaques terroristes de janvier, ou leurs questions sur Dieudonné, l’humour et le traitement de la Shoah. « En France, on peut se moquer des religions, en revanche on n’a pas le droit d’appeler à la haine », a expliqué le chef de l’Etat dans un dialogue étonnant, lors duquel il s’est parfois mué en professeur d’éducation civique.
François Hollande a également conversé avec eux sur leur avenir et les possibilités offertes par la France, convenant dans un rire avec une élève qu’il y avait encore « quelques petits problèmes à régler » sur le front de l’emploi. « La France n’est pas une nostalgie, la France est une chance et un avenir », a-t-il expliqué.
  • « Je ne veux pas être familier… »
Sur le plan personnel, le chef de l’Etat est resté vague sur ses intentions pour 2017. « Je ne sais pas ce qui va se produire en 2017, mais ce que je fais est l’accomplissement d’une vie, être au service des autres », a-t-il expliqué. Il a également balayé les questions sur un éventuel remaniement en juin prochain, évoqué par certains ministres : « Ce qui m’importe, c’est davantage qu’il y ait moins de chômage en juin que de remanier en juin. »
Interrogé sur son attitude en tant que président, il a expliqué : « Je suis amical avec mes amis, proche avec les Français, mais je ne veux pas être familier (…). Dans la vie courante, je peux être plus libre, mais je ne veux pas me donner en spectacle. » A propos des révélations sur sa vie privée dans le magazine Closer, il n’a pas souhaité s’étendre : « C’est un type d’info qui me touche, mais je fais le silence. »

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